
[su_quote cite= »elec expo »]Le Maroc s’est imposé comme le leader africain incontesté des énergies renouvelables. Porté par une volonté royale affirmée dès 2009 et une stratégie nationale ambitieuse, le Royaume a multiplié par deux sa capacité renouvelable installée en une décennie, passant de 2,77 GW en 2015 à plus de 5,6 GW en 2025. Ce rapport dresse un panorama exhaustif de cette transformation, appuyé sur les dernières données de MASEN, de l’IRENA et du ministère de la Transition Énergétique.[/su_quote]
01 · Contexte
Le Maroc face au défi énergétique : pourquoi les renouvelables sont incontournables
Le Maroc dispose de l’une des économies les plus dynamiques du continent africain, mais son développement repose sur une dépendance énergétique structurelle particulièrement vulnérable. Près de 90 % des besoins en énergie primaire sont importés, principalement sous forme de pétrole, de charbon et de gaz naturel. Cette situation expose le pays à la volatilité des cours mondiaux et pèse lourdement sur la balance commerciale nationale.
C’est dans ce contexte que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a lancé, en 2009, une stratégie énergétique nationale visionnaire, fondée sur trois piliers fondamentaux : l’accélération du déploiement des énergies renouvelables, l’amélioration de l’efficacité énergétique à tous les niveaux de la chaîne de valeur, et le renforcement de l’intégration énergétique régionale — notamment avec les pays voisins d’Afrique du Nord et l’Europe.
Le Maroc possède des atouts naturels exceptionnels pour réussir cette transition. Son ensoleillement de classe mondiale (plus de 3 000 heures par an dans les régions du Sud), ses couloirs de vent puissants sur les côtes atlantiques et dans les zones intérieures, ainsi qu’un important potentiel hydroélectrique dans le Haut Atlas, en font un territoire particulièrement favorable au développement des filières renouvelables.
[su_highlight background= »#42d547″]📊 Chiffre-clé Le potentiel solaire marocain est estimé à 20 000 TWh/an selon l’IRENA — soit l’équivalent de 400 fois la consommation électrique annuelle actuelle du pays. Un gisement encore largement sous-exploité.[/su_highlight]
La stratégie marocaine se distingue par son pragmatisme et sa cohérence. Plutôt que de miser sur une seule technologie, le Royaume a diversifié son portefeuille de production renouvelable, combinant solaire thermodynamique à concentration (CSP), photovoltaïque, éolien terrestre et hydroélectricité. Cette approche équilibrée offre une plus grande résilience du système électrique face à l’intermittence inhérente à certaines sources d’énergie.

02 · Statistiques
Chiffres clés : une décennie de croissance ininterrompue
Les données compilées par l’IRENA dans son rapport Renewable Energy Statistics 2025 confirment la trajectoire spectaculaire du Maroc. Entre 2015 et 2024, la capacité installée en énergies renouvelables a quasiment doublé, témoignant d’un engagement soutenu sur le long terme.


Répartition par filière technologique
L’éolien s’est imposé comme la première source renouvelable du pays depuis 2023, franchissant un seuil historique en dépassant pour la première fois l’hydroélectricité en termes de production. Le solaire, bien que démarrant d’une base plus faible, connaît la croissance la plus dynamique et devrait devenir la filière dominante à l’horizon 2030.
Tableau 1 — Capacités installées par filière ENR (2015 vs 2024 vs Objectif 2030)
| Filiere | 2015 (MW) | 2024 (MW) | Obj. 2030 (MW) | Progression 2015-2024 |
|---|---|---|---|---|
| ⚡ Eolien | 797 | 2 395 | 6 200 | +200% |
| ☀️ Solaire PV | ~50 | 411 | 4 000 | +720% |
| 🌞 Solaire CSP | ~150 | 540 | ~2 000 | +260% |
| 💧 Hydroelectrique | 1 770 | 1 770 | 2 000 | Stable |
| 🔋 STEP (pompage) | 0 | 0 | 650+ | — |
| TOTAL ENR | 2 767 | 5 466 | ~20 000 | +98% |
03 · Projets Majeurs
Les grands projets qui façonnent le paysage énergétique marocain
La réussite de la transition énergétique marocaine repose sur un portefeuille de projets de grande envergure, portés par MASEN (Agence Marocaine pour l’Énergie Durable), l’ONEE et des partenaires privés internationaux de premier plan comme ACWA Power, EDF Renewables et Nareva.


Principaux parcs éoliens opérationnels au Maroc

[su_highlight background= »#42d547″]✅ Pipeline 2023–2027 MASEN a prévu de concrétiser des projets d’une capacité additionnelle de 4 028 MW entre 2023 et 2027, pour un investissement global de plus de 47 milliards de DH, auxquels s’ajoutent 333 MW portés par le secteur privé dans le cadre de la loi 13-09.[/su_highlight]
04 · Feuille de route
La feuille de route vers 52 % et au-delà : objectifs et trajectoire
L’objectif officiel du Maroc est de porter la part des énergies renouvelables à 52 % du mix électrique d’ici 2030. Mais les dernières projections du Projet de Loi de Finances 2025 indiquent que cet objectif pourrait être atteint — voire dépassé — dès 2027, avec une part projetée à 56 %.
[su_quote cite= »— Projet de Loi de Finances 2025, Maroc »]Compte tenu du programme en cours d’exécution, la part des énergies renouvelables dans le mix électrique en 2027 atteindrait 56 %, ce qui dépasserait l’objectif arrêté pour 2030 à 52 %.[/su_quote]

Progression vers l’objectif par filière
La capacité d’accueil validée par l’ANRE pour la période 2024–2028 s’élève à 7 236 MW, répartis entre 2 668 MW pour l’éolien et 4 568 MW pour le solaire — confirmant la montée en puissance du solaire comme moteur principal de la deuxième vague de la transition énergétique marocaine.

Projections de la capacité solaire (SolarPower Europe)

05 · Réglementation
Cadre légal et institutionnel : les leviers de la transition énergétique
La réussite du modèle marocain repose en grande partie sur la solidité de son architecture institutionnelle et réglementaire. Plusieurs textes législatifs fondamentaux ont structuré le développement des énergies renouvelables au Royaume.
Les acteurs institutionnels clés

Les textes législatifs structurants
La Loi 13-09 relative aux énergies renouvelables constitue le socle de la libéralisation du secteur, permettant à des opérateurs privés de produire, transporter et vendre de l’électricité d’origine renouvelable, en basse, moyenne et haute tension. Ses amendements successifs ont progressivement élargi le champ des acteurs éligibles et facilité l’accès au réseau.
La Loi 58-15 a renforcé le cadre de régulation du secteur de l’électricité en consacrant l’indépendance de l’ANRE et en précisant les règles de concurrence dans la production renouvelable. La publication par l’ANRE de la capacité d’accueil du réseau (2025–2029) représente une avancée majeure en matière de visibilité pour les investisseurs privés.
[su_highlight background= »#ff4d0e »]⚠️ Défis réglementaires persistants Malgré les progrès accomplis, certains défis subsistent : procédures d’octroi de licences parfois longues, besoin de renforcement du réseau de transport pour absorber les nouvelles capacités, et développement encore insuffisant des mécanismes de stockage à grande échelle. L’ANRE a cependant ouvert 7 236 MW de capacité d’accueil pour 2024–2028, offrant une visibilité inédite aux investisseurs.[/su_highlight]
06 · Impact Économique
Impact économique, emploi et retombées industrielles
La transition énergétique marocaine n’est pas seulement une révolution écologique — c’est aussi une transformation économique profonde qui génère des emplois, attire des investissements directs étrangers et stimule l’émergence d’une filière industrielle nationale des technologies vertes.

Tableau 5 — Indicateurs économiques de la filière ENR au Maroc (2024–2025)

La stratégie d’industrialisation de la filière
Au-delà de la production d’énergie, le Maroc ambitionne de développer une véritable industrie locale des équipements renouvelables. Des plateformes industrielles dédiées aux technologies solaires et éoliennes ont été mises en place, avec pour objectif d’atteindre un taux d’intégration locale significatif dans les appels d’offres ENR. Cette stratégie vise à capter davantage de valeur ajoutée sur le territoire national et à positionner le Royaume comme hub industriel régional pour les technologies vertes.
La plateforme Green Energy Park de l’IRESEN à Ben Guérir symbolise cette ambition : dédiée à la R&D dans le solaire et le stockage, elle accueille des chercheurs marocains et internationaux, et constitue un écosystème d’innovation unique sur le continent africain.
07 · Hydrogène Vert
L’hydrogène vert : le prochain eldorado énergétique du Maroc
Fort de ses ressources solaires et éoliennes exceptionnelles, le Maroc se positionne stratégiquement sur le marché mondial de l’hydrogène vert. L’hydrogène produit par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable représente une opportunité unique pour le Royaume de devenir un exportateur net d’énergie propre vers l’Europe.
La Feuille de route nationale de l’hydrogène vert, validée en 2021, fixe des objectifs ambitieux : produire jusqu’à 700 000 tonnes d’hydrogène vert par an à l’horizon 2030–2040, mobilisant une capacité électrolytique de 3 à 10 GW. La position géographique du Maroc — à 14 km seulement de l’Europe via le détroit de Gibraltar — constitue un avantage compétitif déterminant pour l’export.
[su_highlight background= »#0e37ff »]🔬 Hydrogène vert : potentiel de marché Selon les études de l’IRENA, le coût de production de l’hydrogène vert au Maroc pourrait atteindre 1,5 à 2 USD/kg à l’horizon 2030, parmi les niveaux les plus compétitifs mondialement, grâce à l’excellence des ressources solaires et éoliennes et à la réduction des coûts des électrolyseurs. Des accords bilatéraux avec l’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas ont déjà été conclus.[/su_highlight]
Le gazoduc Nigeria-Maroc-Europe : un projet structurant
Dans une perspective de long terme, le projet de Gazoduc Afrique Atlantique (anciennement Nigeria-Maroc Pipeline) ouvre la voie à une infrastructure qui pourrait, à terme, transporter de l’hydrogène vert vers les marchés européens. Ce projet, dont l’accord de coopération a été signé en 2018, prévoit un tracé côtier de plus de 5 000 km longeant la façade atlantique africaine.
08 · Perspectives
Défis, opportunités et perspectives pour les acteurs du secteur
Malgré des progrès remarquables, la transition énergétique marocaine fait face à des défis structurels qu’il convient d’anticiper pour maintenir la trajectoire ambitieuse tracée par les pouvoirs publics.
Les défis à relever
Le stockage de l’énergie représente le défi technologique majeur de la prochaine décennie. À mesure que la pénétration des ENR dépasse les 50 % du mix, la gestion de l’intermittence devient critique pour la stabilité du réseau. Le développement de stations de pompage-turbinage (STEP) — notamment les projets d’Abdelmoumen (350 MW) et d’Ifahsa (300 MW) — et l’intégration progressive de batteries à grande échelle sont des priorités absolues.
Le renforcement du réseau de transport constitue un autre enjeu majeur. La capacité de transport doit être significativement renforcée pour absorber les nouvelles capacités de production renouvelable, souvent localisées dans des zones éloignées des centres de consommation (Sahara, Atlas, côte atlantique).
Le financement de la transition — estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars — nécessite une mobilisation croissante du secteur privé, des marchés de capitaux verts (obligations vertes, sukuk verts) et de la finance climatique internationale.
Les opportunités pour les acteurs du marché

09 · Chronologie
Chronologie des jalons de la transition énergétique marocaine
[su_list icon_color= »#1f9b10″]
- 2009 — Stratégie Énergétique Nationale lancée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Objectif : 42 % d’ENR en 2020. Création du Plan Solaire Marocain et du Plan Éolien Intégré.
- 2010 — Création de MASEN (Agence Marocaine pour l’Énergie Solaire). Lancement du projet Noor Ouarzazate (580 MW). Promulgation de la loi 13-09 sur les énergies renouvelables.
- 2013–2016 — Montée en puissance éolienne : Tarfaya (300 MW, 2014), Taza (150 MW, 2014), Laâyoune (120 MW, 2013). Capacité ENR > 3 GW.
- 2016 — COP22 à Marrakech. Rehaussement des ambitions climatiques. Inauguration de Noor I (160 MW CSP), plus grand projet solaire thermodynamique d’Afrique à l’époque.
- 2018 — Record d’ajouts : +733 MW. Capacité ENR totale : 3,27 GW. Inauguration de Noor II et III.
- 2021 — Feuille de route Hydrogène Vert validée. Objectif ENR porté à 52 % d’ici 2030. Création du Ministère de la Transition Énergétique.
- 2023 — Tournant : l’éolien dépasse l’hydroélectricité. Capacité ENR : 4,6 GW (41 % du mix). Investissements ENR triplés.
- 2024 — Mise en service de Jbel Lahdid (270 MW). Capacité : 5,46 GW. Production ENR : +25,2 %. ANRE annonce 7 236 MW de capacité d’accueil (2024–2028).
- 2025 — 46 %+ du mix électrique en ENR. ~5,6 GW installés sur 12 GW total. 57+ projets (~3 GW) en développement.
- 2027 (projection) — 56 % d’ENR dans le mix. Mise en service prévue de Noor Midelt (800 MW hybride CSP/PV).
- 2030 (objectif) — 52 %+ d’ENR. 20 254 MW installés : 4 GW solaire, 6,2 GW éolien, 2 GW hydraulique. Premier hub H₂ vert en Afrique du Nord.
10 · Conclusion
Conclusion : le Maroc, locomotive de la transition énergétique africaine
Le bilan de la transition énergétique marocaine est remarquable par son ampleur et sa cohérence. En moins de quinze ans, le Maroc a transformé un handicap structurel — sa dépendance quasi-totale aux énergies fossiles importées — en opportunité stratégique de premier ordre. La trajectoire actuelle, avec 46 % du mix électrique issu des renouvelables en 2025 et un objectif de 56 % dès 2027, confirme le statut de leader continental du Royaume.
Cette réussite repose sur trois piliers indissociables : une volonté politique forte et constante sur le long terme, un cadre institutionnel et réglementaire robuste qui inspire confiance aux investisseurs, et une mobilisation massive de financements publics et privés, nationaux et internationaux.
Pour les acteurs du secteur électrique et des énergies renouvelables — fabricants d’équipements, installateurs, bureaux d’études, financeurs — le marché marocain représente une opportunité sans précédent. Les 47 milliards de DH de projets MASEN à réaliser d’ici 2027, les 7 236 MW de capacité d’accueil ouverte par l’ANRE, et l’émergence de la filière hydrogène vert dessinent un marché en pleine effervescence pour la prochaine décennie.
[su_quote cite= »— Aroni Chaudhuri, Économiste, Le360″ class= »test »]La question n’est pas si le Maroc deviendra un hub énergétique régional, mais à quelle vitesse il y parviendra.[/su_quote]
Elec Expo, en tant que principal rendez-vous de la filière électrique et des énergies renouvelables au Maroc, se positionne au cœur de cette transformation historique — en connectant les acteurs, en diffusant les savoirs et en catalysant les partenariats qui façonneront le paysage énergétique marocain de demain.
[su_highlight background= »#150eff » class= »test2″]🎯 À retenir pour les professionnels du secteur Le Maroc offrira plus de 7 GW de nouveaux projets ENR à réaliser d’ici 2028. Les segments les plus attractifs sont le solaire PV grande échelle, l’éolien terrestre, les solutions de stockage et l’ingénierie EPC. La fenêtre d’opportunité est ouverte — les acteurs qui positionnent aujourd’hui leurs offres et partenariats locaux capteront l’essentiel de la valeur de cette vague d’investissement sans précédent.[/su_highlight]




